![]() Libération, no. 7075 QUOTIDIEN PREMIERE EDITION TELEVISION, mardi, 10 février 2004, p. 28 Magazine. Comment les plasticiens se saisissent de l'automobile. L'art roule les mécaniques. PONCET Emmanuel A l'instar d'un comique télé passé au cinéma, l'art cherche un peu ses clés de bagnole. On a beau se souvenir des empannages d'autoroute de Crash de David Cronenberg (adapté de J.G. Ballard), de la maladie de la caisse folle Christine de John Carpenter (adapté de Stephen King), de la voiture à longs poils roses de Sylvie Fleury ou des vieilles compressions de César, les exemples ne sont pas légion. Les stylisations de l'objet de masse le plus symbolique du temps sont relativement rares, eu égard à son omniprésence sociale. Le magazine de la création contemporaine Exhibition, de Jean-Yves Jouannais, se collette avec malice le sujet. En collectant quelques hétéroclites ouvrages d'«art automobile». L'idée originale fonctionne bien à deux ou trois reprises. Elle trouve sa parfaite traduction audiovisuelle lorsque le réalisateur (Guy Girard) exploite par exemple les clips de l'artiste Serge Vladimiroff, baptisés Emulsion. Ces bandes vidéo sont inspirées des Poursuites de chocs, diffusées notamment sur TF1. Ces shérif-fais-moi-peur authentiques filmés par des hélicoptères sur les autoroutes américaines deviennent, sous sa palette graphique, de singuliers objets filmiques. Retravaillés, ralentis et pixellisés. Soutenue par une musique originale (électronique) de Kraked, la pertinence du choix ne se discute pas : c'est Arte qui raye avec précision la peinture de TF1. De la même façon, le support télé convient bien à la célèbre Fat Car de Erwin Wurm, une berline classique transformée en Chamallow blanc géant par l'artiste autrichien. A l'image, ses grosses lèvres bougent. Elle parle par slogans érogènes («I'm ecstasy!»). Presque aussi anthropomorphisée que la 403 cabriolet de Columbo ou les Lincoln Continental de Jack Bauer. En revanche, les interminables séquences de Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch, ou les monologues trop étirés d'un designer automobile devenu artiste (Alain Bublex) plombent largement l'émission. C'est moins sa faute il est l'auteur d'Aerofiat, une marrante Fiat 126 stylisée en avion que celle du remplissage trop manifeste d'une partie de l'émission. © 2004 SA Libération. Tous droits réservés. |